lundi 6 avril 2009

La Réforme Grégorienne (Léon IX, Grégoire VII, ...)


La spiritualité chrétienne était-elle plus présente avant la la Réforme Grégorienne ?

 


La Réforme Grégorienne définit deux axes : avant tout mettre en place une « morale interne » à L’Eglise Catholique, c’est une lutte conte la simonie, contre le nicolaïsme, pour la purification des mœurs du clergé (célibat des prêtre), pour s’assurer que chaque membre de l’Eglise Catholique connaissent les textes religieux. De l’autre c’est la mise en pratique de la théorie « des deux glaives», l’église prend le glaive spirituel, les royaumes ayant quand à eux le glaive temporel. En fait la réforme des XI- XII siècles consiste pour l’Eglise Catholique à restaurer son pouvoir devant l’empereur du Saint Empire Romain Germanique en affirmant le pouvoir du pape considéré jusqu’alors simplement comme le premier des évêques, et aussi devant le principe de Nation qui commence à émerger (même s’il lui faudra des siècles pour se structurer, ce principe lie un peuple à un territoire et à un pouvoir, or ce lien exclu la nécessité d’une Eglise, le principe de Nation incluant aussi une forme de «religion civile» ) .

En réalité, la théorie «des deux glaives» n’est qu’une formule qui, latente depuis les début du christianisme, prend une forme concrète. En effet, ce qui distingue le Christianisme primitive du monde juif et musulman, c’est une séparation radicale du spirituel et du temporel, les chrétiens n’attendent rien du politique mais tout du règne de dieu, de la Jérusalem Céleste ; je renvoie à la parole prononcé par le christ au sujet des impôts à verser à Rome : «Rendez à césar ce qui appartient à César», parole qui montre que la lutte a mener n’est pas ici bas, mais pour le salut de ce principe spirituel individuel qui se nomme «âme». Je songe aussi au baptême de Clovis (496) qui offre ainsi un bras armé à L’Eglise Catholique et permet la mise sous un contrôle catholique les peuples conquis.





L’Eglise des XI-XII revendique le contrôle de la société de son temps :

En contrôlant mieux son clergé (Je rappelle qu’à l’époque le pouvoir appartient surtout à la féodalité, c’est-à-dire à des seigneurs locaux et que l’Eglise aura partout des représentants disciplinés au contact des peuples. La seule opposition est celle de l’empereur du Saint Empire mais qui doit, comme Charlemagne, se faire sacrer par le Pape)

En renforçant le pouvoir du Pape par la mise en place d’une administration puissante (élection canonique des évêques, légats permanents, en s’appuyant aussi sur le réseau du Clergé Régulier….)

En contrôlant le pouvoir temporel avec les croisades ("pèlerinage armé"), et «la paix de dieu» (limitation des ardeurs guerrières), c’est-à dire-donner un but chrétien à la guerre (les fameux « guerre juste» et « du juste dans guerre » de Saint Augustin, IV-V siècle après JC)

En renforçant les liens avec le Clergé Régulier. Grâce au développement des abbayes de Cluny et de Certeaux qui permet à l’Eglise de devenir seigneur et de renforcer la main mise sur la société. Les monastères sont aussi les lieux d'écriture et de conservation des titres, des contrats, des testaments.

En mettant en place le principe des «trois ordres » qui définit une société immuable où chacun à une place et une fonctions définies (Clergé/Seigneur-noblesse/ Paysans)

Par l’affirmation de la primauté du pouvoir spirituel sur le temporel qui conduira à la mise en place de monarchie de droit divin : le monarque est choisi par dieu et doit faire régner sur terre la volonté de dieu. Le roi de France était «lieutenant de dieu sur terre» et «premier des évêques de France» (ce dernier point est aussi une affirmation "gallicane", une affirmation du pouvoir temporel, une volonté du Roi d’avoir un contrôle sur l’Eglise)

Par le contrôle des traductions de la bible, du coran et des autres textes notamment des textes scientifiques (médecine, …) et philosophiques. C’est à cette époque que l’Eglise va s’enraciner dans la pensée d’Aristote notamment (ne pouvant pas en fait reprendre la pensée de Platon) et en reprenant les travaux d’Avicenne et d’Averroès qui définissent notamment deux chemins vers la Vérité: la théologie et la philosophie. Ces travaux furent rejetés en partie par l'islam à partir du X siècle. Dans le monde Chrétien occidental, la théologie deviendra la discipline maitresse des universités, chapotant la philosophie.En luttant contre ce que l’Eglise a défini comme hérésie (La notion d’hérésie est apparue au concile de Nicée 325, quand Constantin converti conduit la Religion Catholique à devenir un instrument de pouvoir) c’est à dire les Bogomiles, les Cathares etc….Ne pas oublier que les hérésies sont avant tout un désaccord sur la nature du christ et sur la lecture de la bible.

En fermant la bible au croyant, avant la réforme grégorienne la bible était un livre ouvert, il devient réservé au seul clergé.

En imposant des règles strictes aux croyants sur les domaines intimes : la sexualité (concile de Latran IV) , la mort. Il s'agit réussir sa mort en bon chrétien, le «quotidie morir», "(apprendre à) mourir chaque jour". Cette bonne mort donnera naissance à la secte des grabataires, c'est-à-dire de ceux qui attendent leur dernier souffle pour se convertir ou plus généralement pour recevoir les sacrements. En effet, les sacrements deviennent «moralement» obligatoires (et gratuits) au risque de l'excommunication (majeure ou mineure), voire de l’anathème et de la damnation.

En renforçant le pouvoir juridique de l'Eglise. Bien malgré la séparation du droit en deux, le droit avance lentement vers le temporel, les tribunaux de l'Eglise demeurent puissants: maintien des Fors (tribunaux religieux) mais surtout mise en place de l’Inquisition.

En Affirmant le pouvoir du pape comme représentant «international » de l’Eglise Catholique après l’humiliation subi par celui-ci (et donc par l’Eglise) après le schisme de 1054 entre l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine et ce qui va devenir l’Eglise Orthodoxe à Byzance

Enfin bref, avant le X-XII siècle, l’Europe n’est pas encore soumise à ce contrôle et à cette morale de fer. La séparation spirituelle/profane appartient à l’essence même du christianisme selon Saint Augustin (les deux cités), c’est-à-dire que depuis les débuts l’opposition corps/âme est en jeu jusqu’à poser la question de la représentation du christ. (voir les débats sur la nature du Christ au Concile de Nicée, où la nature Humaine du christ est contestée ou les débats sur l’eucharistie au XI-XII, où le schisme de l'orthodoxie et les icones).

 


En conclusion, je ne pense pas que la spiritualité chrétienne était plus présente dans la vie des croyants avant la réforme grégorienne, je pense qu’il a fallu 7 à 8 siècles pour que «l’orthodoxie» (c’est le mot utilisé à l’époque, qui n’a rien à voir avec le schisme de 1054) définie au concile de Nicée (325) et de Thessalonique (380) s’affirme comme un pouvoir voulant agir sur la vie quotidienne. des croyants. Entre les deux, flottement, effondrement dû aux invasions des barbares christianisés, affirmation du pouvoir politique temporel (ex Charlemagne, ou par la suite l’empereur du Saint Empire). Ce qu'il y avait avant la Réforme Grégorienne, c’est à dire dans le fond avant le concile de Nicée et de Thessalonique, était probablement une foi d'homme et de femmes encore" libres d’interpréter", pouvant encore parfois échapper à l'unicité de la doctrine théologique, mais perdus dans messianisme et ses promesses de fin des Temps, perdus dans des querelles byzantines et gnostiques sur la nature du christ et de dieu, perdus dans la compréhension des sacrements, des rituels et de l’orthopraxie, perdus dans la filiation acceptée ou refusée avec le judaïsme. Et, dans le fonds, ne l’oublions pas, le dit “Jésus christ” annonçait  un Royaume, c’est une Eglise  puis des Eglises qui  sont arrivées.



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Lexique:


L'excommunication majeure :


Exclusion de l’Eglise qui signifie aussi exclusion de la paroisse, c’est-à-dire la perte de tous les liens sociaux avec la communauté villageoise et l’interdiction d’être enterré au village, en terre chrétienne, de faire baptiser ses enfants etc.…. en un mot l’exclusion pour soi, sa famille et ses descendants de toute la vie du village.


L'excommunication mineure:


Interdiction de participer et de recevoir les sacrements ce qui inclus l'eucharistie donc la messe.


Anathème:


Excommunication majeure assortie d'une malédiction temporelle et spirituelle)

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