Une voix au téléphone : Bonjour, vous êtes M.H.
M.H : Oui
Une voix au téléphone : Madame Y de Pôle Emploi. Vous avez rendez vous lundi avec votre conseiller, M. X ?
M.H : Oui.
Une voix au téléphone : 13h30, c’est ça ?
M.H : Oui
Une voix au téléphone : Pas la peine de venir.
M.H : Je comptais de toute façon pointer par courriel, comme j’en avais l’habitude.
Une voix au téléphone : Non, M.H, ne faites rien, ne venez pas, n’envoyez pas de courriel non plus. Le rendez vous est annulé
M.H : Bon.
Une voix au téléphone : Nous prendrons un rendez-vous à une date ultérieure pour faire le point sur votre situation
M.H : Ah ? Très bien, comme vous voulez.
Une voix au téléphone : M. X n’est plus votre référent, je serais votre conseillère désormais.
M. H : Pourrais-je savoir pourquoi ?
Une voix au téléphone : Votre conseiller, M.X, est décédé cette nuit.
Le jour d’après, M.H recevait une convocation confirmant son rendez-vous avec M.X. Un envoi automatique. Faut-il comprendre que la lettre s’est imprimée seule, mise sous enveloppe, timbrée et postée d’elle-même ?
Le surlendemain, il recevait un autre courrier. Le bilan de l’entretien mensuel qui aurait dû avoir lieu quelques jours plus tard. Il était indiqué que M.H avait pris la décision d’explorer son environnement. Phrase mystérieuse, s’il en faut.
La conclusion de cette entrevue était:
“En raison du décès de votre votre conseiller M. X., vous serez convoqué prochainement”.
Etrange causalité induite. Fallait-il que M.H comprenne que son inactivité professionnelle avait un rapport avec la mort de M.X ? Ou que chaque convocation supposait le décès d’un conseiller ? Ou encore que la gestion managérial du chômage aboutissaient, de part et d’autre, à des situations dramatiques ?
M.H doutait que cette poésie involontaire eut pu signifier que la meilleure façon de tuer une personne est de la priver de travail et, par la suite, de revenus. Tout en la surveillant et contrôlant de prêt. Le chômeur est un individu suspect et dangereux: qui sait ce qu’il manigance au fond de son oisiveté ?
M.H. rangeant ces missives dans son dossier “Pôle emploi”, se versa un café, fuma une cigarette et se demanda si les années de chômage comptaient pour la retraite.
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