Cher Ami,
puisque tu évoques la question religieuse, je vais commencer par là.
Je ne me définis plus (ou en toute cas le moins possible) comme athée pour plusieurs raisons.
D'abord parce que c'est toujours une religion qui définit l'athéisme ou c'est toujours en fonction d'une religion que l'athée est défini. Or il ne s'agit pas pour moi d'être antichrétien ou antimusulman ou antibouddhiste, ou autre…. De fait, je ne participe à aucune religion et ne cherche pas à être définit en fonction de l’une d’elle ou par l'une d'elle.
Ensuite, il me serait difficile de définir ce que serait l'athéisme.
Je suis laïc - sans songer que la laïcité soit "une religion sans religion" - parce que la laïcité pose au minima des bornes de tolérance, mais au mieux, c'est un principe de respect. Or, il est possible d'être laïc et chrétien par exemple, la laïcité n'est pas un critère excluant la participation à un culte. Il n'est pas impossible d'être laïc et musulman non plus, c'est plus difficile de nos jours apparemment. Donc la laïcité n’à rien avoir avec l'athéisme.
De nombreuses personnes se définissent comme athée et la plupart du temps, je ne me reconnais pas dans leurs définitions, leur idéologie. Je suis quant à moi athée au point de me méfier de la moindre idéologie car je sais d'instinct que soit l'idéologie cache une théologie, soit ce n'est qu'une théologie masquée.
L’athéisme sert aussi de couverture aux ultra-rationalistes, aux scientistes, aux positivistes, aux cognitivo-comportementalistes. Enfin bref aux quantificateurs de l'âme, aux zélateurs de l'homme animal-machine programmable qui d'ailleurs d'ont pas de meilleurs alliés que les fanatiques religieux de toutes sorte.
Je pointerais non seulement la convergence entre le créationnisme de l'islam et celui du protestantisme américain, mais surtout, dans les fondements, la convergence de ces deux créationnismes avec les délires des scientifiques scientistes qui placent dans la science une religion dernière. II y a un moment où la différence entre « le dessein unique » (venu des religieux fanatiques et créationnistes) et " le motif unique" des scientistes (scientifiques religieux de la science) me semble ténue, voire inexistante.
La vision de l’athéisme qui le fait rimer avec génocide, me glace par sa bêtise. Ni Hitler, ni Staline, ne régnait selon l’athéisme, tout était orchestré par le culte : culte de la personnalité, culte idéologique, culte de la race pour les nazis, culte de l’homme nouveau pour les soviétiques.
En réalité, Les grands massacres de l’Histoire se sont toujours fait au nom d’une religion, ou comme le dit Lesibowitz, au nom de principes moraux élevés. C’est une perspective de réflexion un peu troublante, je le concède, mais qui donne, par exemple, à la notion de Terrorisme, de sa genèse durant la Révolution Française à nos jours, une lecture intéressante. Si le terrorisme veut l’Etat (ou a /est l’Etat), il se place toujours dans une logique de révélation et de projection dans un monde épuré. Or, toute doctrine ou culte de la pureté m'est immédiatement suspecte. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille se vautrer dans l’impureté. Les zélateurs de l’impureté ne sont que des religieux de la pureté qui se définissent en négatif.
Bref, j’exprime quant la prétention à l’Athéisme des précautions extrêmes.
La seule chose notion que j’accepte est celle de « saut métaphysique ». Je veux dire que je conçois l’athéisme comme un « saut métaphysique ». Cela produit des ponts étranges. Cela place deux pôles, « celui/celle qui a la foi » et « l’athée ». Au milieu le marais des croyants soumis aux cultes aux règles, aux dogmes, aux religions de toute sorte, au milieu le monde de la doxat, du bavardage, de l’ignorance.
De fait, ça place l’athée non pas devant une religion et donc selon le pari de Pascal, sur ce qui rend la vie meilleure. La question n’est donc pas de savoir si dieu existe ou pas mais de savoir comment la vie est conduite en fonction d’un choix initial.
La notion de choix est pour moi très forte, je ne la confonds pas comme notre temps avec la préférence, l’option, la sélection ou l’alternative (alternative : il y a deux décisions, l’une exclut l’autre).
Le choix implique l’engagement éthique de la personne et par conséquent de sa vie.
Il n’y pas d’engagement existentiel si une personne préfère les petits poix aux carottes, si elle hésite entre grec et latin en option dans son cursus, si elle sélectionne plutôt tel candidat à un poste plus qu’un autre, si elle doit décider entre mariage civil ou religieux (parce que si la ou les personnes ont la foi ce n’est pas un rituel qui la signifiera).
En gros, je simplifie, la notion de choix ne renvoie pas chez moi aux compromis qui doivent être fait avec la société, avec l’époque, il s’agit d’une projection inactuelle, intempestive, d'une manifestation profonde de la personne.
Ainsi, l’athée et l’homme/la femme de foi ont des points communs : ils font face à l’inapréhendable, ils ont le désir de connaitre plus que la vanité de Savoir, ils savent que l’unité est constitutive et cependant multiple, ils savent que la bêtise, l’imbécile, l’ignorance, le brouhaha, le nombre étoufferont les élans de vie.
Bien sur, entre l’Athée et l’homme/la femme de foi, ce n’est pas la même vie. D’un coté, il y aura un individualisme philosophique et aristocratique, de l’autre un individualisme mystique et eschatologique.
Cela implique des relations très différentes avec autrui, la société, qui pourtant auront, aux yeux du monde, des points communs : une solitude inébranlable, un mystère inépuisable. L’athée et l’homme/la femme de foi, se tiennent tout deux à distance de toutes les logiques d’embrigadement, de gestion de l‘humain, d’organisation collective, enfin bref de toutes orchestrations des troupeaux, c’est pourquoi ils peuvent converser, loin de la vulgarité ordinaire du monde.
Voilà, je t’ai répondu très sérieusement, je suis toujours un peu sérieux. C’est pour ça que j’ai de l’humour. En compensation, diront certains.
Amitiés
H.
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