samedi 23 avril 2011

Correspondance 6

 

Cher ami,

 

Que Faire ?

 

C’est une chose assez étrange que de ce poser ce «Que faire  » qui n’est pas sans rappeler l’un des écrits de Lénine. Bien sur de nos jours, cette référence est devenue presque aussi odieuse que la citation de n’importe quels collaborateurs ou responsables des régimes d’extrême-droite qui ont lacéré l’Europe au XX° siècle. Ceci-dit, il semblerait que dans le culte contemporain de la mémoire, les divers régimes fascistes aient été oubliés dans leur horreur.

 

S’il est possible de s’indigner de la survivance d’une phraséologie Stalinienne ou issu d’un marxisme orthodoxe, force est de constater que les idéologies nauséeuses des droites nationalistes, conservatrices, réactionnaires sont, elles, d’une banalité affligeante de nos jours. Les ingrédients ne sont pas nouveaux : racisme, xénophobie, antidémocratisme, antiparlementarisme, antisémitisme, islamophobie, culte de la Vertu, de la propreté, de la santé, populisme. L’extrême-droite a toujours défendu être l’expression la plus véritable de la démocratie en se faisant la défenseuse de la liberté d’expression dont elle serait privée. Elle exprimerait à la fois des Vérités cachées et les pensées secrètes du plus grand nombre. Ses seules expressions sont la violence et la haine et finissent toujours par réduire le peuple en esclavage.

 

Ah oui, peuple, mot caviardé par excès de sociologie bon marché. Le peuple ne représente pas uniquement une classification sociale, c'est-à-dire une classe sociale définit par une activité et un revenu. Le peuple définit avant tout une forme politique. C’est toute la différence entre «le peuple» forme universaliste, singulier-universel, issu d’une philosophie née des Lumières et «un peuple», particularité nourrie d’égoïsme identitaire.

 

Ce peuple politique est quasiment un vœu pieux. Qui en parle ?  Quelques philosophes, de Marx a Hannah Arendt, Slavoj Zizek. Tout un chacun fait mine de n’y rien entendre. Le politique est chez ces penseurs le plus haut lieu de définition de l’Humanité. Qu’est-ce a dire ? L’être humain serait plus qu’une horde ? Plus qu’un être foncièrement mauvais incapable de quoi que ce soit ? Ou au contraire plus qu’un un être pur corrompu par un monde, une société avilissante ? Plus qu’un être soumis à des déterminismes indépassables? Plus qu’une biologisation animale  mue par l’instinct ? Plus qu’une âme emprisonnée soumise à un dieu quelconque ? L’autre peuple, c'est-à-dire la communauté particulière et exclusive lié par le sang et la tradition, la culture, est, à n’en pas douter, l’utopie par excellence, l’idéal attendu, de notre époque en déréliction. En somme, le culte du bétail humain. N’importe quel dieu peut chapoter l’ensemble.

 

Peur, ignorance, confusion, amalgame, crise politique et sociale, pulsion de mort poussée jusqu'à l’orgueil de se concevoir comme la dernière lignée vivante de l’espèce humaine en ces temps de fin du monde. De nos jours, ce ne n’est pas simplement un retour du refoulé fasciste, la revanche des collabos, ce n’est pas simplement un effondrement du symbolique rendant toute idée de l’humain et du politique impossible, c’est une chute ontologique dont l’expression est celle d’un sauve-qui-peut généralisé et une fuite en avant vers le Néant. Jacques-Henri Miller évoque l’ère d’une détestation de l’humanité par elle-même, ne faudrait-il pas entendre l’aboutissement de la haine de l’humain dans l’homme, le grand cycle de la néantisation globalisée ? Le problème est que l’autel de cette religion est déjà dressé, la messe est en cours et les esprits persuadés de conspiration mondiale ne voient pas qu’ils sont les officiants de ce rite sans nom. Le XXI° siècle est en effet un siècle religieux, c’est la religion de la mort qui triomphe, elle ne ferait pas rougir les nazis. Les alliés objectifs de cette foi macabre s’étendent du scientisme au créationnisme, se dispersent sur l’échiquier politique de l’extrême droit à l’extrême gauche : pour être clair, ceux qui ne voient en l’être humain qu’une mécanique soumise (animal-machine), qu’une matière première de la Méga-Machine ; ceux qui préfèrent la Vengeance au Droit. Cette idéologie dominante se fonde sur des lectures dévoyées des textes qu’ils fussent philosophique, politiques,  historiques, scientifiques ou religieux et se sert de la Technique pour éteindre le feu ardent de la vie et faire agoniser l’esprit.

 

Spinoza s’étonnait que les hommes préféraient l’esclavage à la liberté au point de confondre l’un avec l’autre. Il pensait aussi que le désir de connaître était à l’Humain le plus naturel et pouvait constituer l’issu de la condition servile. Mais les hommes « tels qu’ils sont », fondement de sa réflexion politique contre tout utopisme, se sont eux mêmes galvaudés et enclos volontairement dans les camps de leur auto-extermination. Ce n’est plus l’âge de la servitude volontaire mais celui du massacre chirurgical et sélectif au nom d’une pureté dangereuse. Nouveau visage de ce Darwinisme social qui n’a jamais rien  eu à voir avec la théorie de l’évolution. Au contraire, c’est une pratique de la dégénérescence.  Alors, les idées les plus puantes, le négationnisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, le racisme, l’exclusion sociale, la chasse à l’Etranger, la mise au pas doctrinale de la domination de l’homme par l’homme, peuvent en toute légitimité trouver leur clerc, leur média, leur gouvernement. Partout, chacun d’entre eux, quoiqu’ils disent, défendent en réalité la liberté d’anéantir en toute tranquillité. Tenter quoique ce soit contre cette logique de mort revient à n’être qu’un arrogant élitiste, qu’un gauchiste aveuglé, qu’un croyant naïf, qu’un religieux pervers, qu’un utopiste-le-couteaux-entre-les-dents, qu’un prédateur de la liberté, qu’un prétentieux refusant la soumission à la horde barbare, au «nous » sanguinaire.

 

Je terminerais cette lettre par une synthèse abrupte : tout ce dont je viens de parler résume ce qui se nomme politiquement la DROITE. Pas seulement en Europe mais dans le monde. Il n’y plus à mes yeux de nuances à faire entre les différents partis composants cette entité politique, ni sur son extension à l’extrême. J’y associe aussi tout ceux qui se disent de GAUCHE ou du CENTRE ou SANS ETIQUETTE ou encore APOLITIQUE, NEUTRE, mais dont le propos, les actions, le fonds idéologique n’est qu’un détour pour abuser les esprits et aboutir au triomphe du Non-être. Pour le dire de façon encore plus lapidaire : La DROITE l’exclusion, le massacre. La DROITE c’est la domination, l’exploitation. La DROITE, c’est la mort de la Liberté, la haine de l’Humain dans l’Homme. En un slogan : La DROITE,  c’est la honte.

 

H.

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